VILLENEUVETTE: Manufacture royale de Draps
HERAULT 34 FRANCE

L'entrée de la Manufacture dernièrement restaurée sous la lumière d'automne
Introduction
Villeneuvette est un petit village blôti au coeur du département de l'Hérault dans la région Languedoc Roussillon à 40 minutes de Montpellier. Sa fondation date du XVII°siècle. Ce n'est pas un village comme les autres puisque c'est un village usine. C'était une acienne cité drapière fondée par un marchand drapier de Clermont l'Hérault au XVII° et qui devint sous Colbert une Manufacture royale de Draps pour le roi et les troupes royales. Son activité perdura jusqu'au milieu des années 1950 et depuis l'activité industrielle s'est tue pour laisser la place à un hâvre de paix dans la nature qui a repris ces droits sur la nature. Quel plaisir de flaner à l'ombre des platanes centenaires et des petites ruelles de ce village qui autrefois était fermé le soir, les ouvriers étant en communauté. Entouré de bois et des vestiges de canaux d'irrigation, vous pourrez découvrir au fil des chemins de promenade ldes traces d'aqueducs, de béals, de canaux, de bassins car l'eau avait une importance primordiale pour la confection des textiles. La Dourbie, une charmante petire rivière, traverse le village. Aujourd'hui, le village est en restauration et le coté industriel disparait peu à peu mais la mémoire des habitants est toujours là sur la passé de Villeneuvette, Ville-Nouvelle...
"Nous avons approuvé l’établissement qui a été fait sous notre bon plaisir d'une Manufacture de draps à Villeneuve-lez-Clermont, diocèse de Lodève en notre province de Languedoc»
La place Louis XIV
Un Peu d'histoire:
Louis XIV était au pouvoir depuis quelques années et avait comme ministre Colbert. Le roi décida de crée une manufacture royale de draps prés de Clermont à Villeneuvette. C’est une compagnie de riches capitalistes parmi lesquels André Pouget qui finança en partie les travaux de l’usine. Le lieu fut choisit en fonction de sa typographie et de la présence d’une petite manufacture appelée « vieille manufacture » fondée par un marchand drapier clermontais Pierre Baille vers 1667. Il y avait beaucoup d’eau ce qui était idéal pour l’industrie de ce type. Une « ville » fut crée entièrement et obtint son indépendance sur lettre patente du roi. Les débuts de la manufacture furent difficiles et les frais de fonctionnement n’étaient pas couverts. La compagnie fut dissoute en 1703 et Mr Pouget vendit l’usine à Mr Castanié d’Auriac. En 1768 elle est vendue à Mr Raymond Ronzier, en 1788 à André de Chambert de Saint Martin qui la revendra en 1793 à Denis Gayraud. Enfin en 1803 la famille Maistre acquiert la manufacture qui est en pleine expansion à cette époque avec plus de 500 ouvriers. Elle fut dirigée par Hercule et Casimir Maistre. Elle fabriquait des draps de pour les troupes royales ou pour le commerce avec les Echelles du levant. Elle logeait 200 ouvriers et leurs familles mais il y eut plus de 800 travailleurs qui fabriquait différentes sortes de draps pour la France ou pour l'étanger . La manufacture de Villeneuvette a été, après celle de Saptes (Aude), le deuxième établissement créé en Languedoc pour l'exportation de draps au Moyen-Orient. Elle est restée, jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, l'un des plus beaux fleurons de cette industrie qui fit longtemps la fortune de la province. C'est dans cette perspective plus large qu'il faut en comprendre le démarrage et l'évolution. Après des débuts difficiles, propres à tout démarrage industriel, la fabrique languedocienne de draps fins entra dans une phase de grande prospérité, qui se prolongea jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, malgré un ralentissement dans les années 1770-80 dû essentiellement aux difficultés de l'Empire Ottoman. Chaque année, entre 50000 et 100000 pièces de drap destinées au Levant et constituées par conséquent majoritairement de londrins du Languedoc, étaient admises au bureau de Marseille. Ces draps représentaient alors plus de la moitié des exportations vers le Moyen-Orient dont la valeur totale dépassait, vers 1785, les vingt millions de livres.Restée propriété des créanciers d'André Pouget, puis de son frère Honoré, qui l'acheta en 1703 pour la somme de 142 000 livres, la manufacture de Villeneuvette fut dirigée, entre la fin du XVII° siècle et le début du siècle suivant, par des hommes opérant pour le compte de sociétés exploitantes dont ils étaient eux-mêmes actionnaires en particulier, Pierre Barthe, originaire de Limoux, de 1694 à1698, puis son fils Thomas, et plus tard, de 1703 à 1720, le clermontais Pierre Astruc et son fils. Durant cette période, Villeneuvette produisait annuellement 800 à 1 000 pièces et faisait battre une cinquantaine de métiers.Honoré Pouget vendit Villeneuvette en 1720, pour 110000 livres de capital et 14 000 livres de rente viagère, à un nouveau propriétaire, Guillaume Castanier d'Auriac (1670-1725), fils d'un drapier de Carcassonne, qui avait créé une nouvelle manufacture aux portes de la ville et déjà racheté celle de Saptes.Gouvernée par ce puissant marchand, puis par son fils, Guillaume (1702-1765), qui devint conseiller au Parlement de Toulouse, puis Conseiller d'Etat, Villeneuvette connut, entre 1720 et 1750, un nouvel essor. Elle était alors dirigée par un cousin des Castanier, Pierre Louis Bourlat de Jouarre qui travaillait avec ses frères, installés l'un à Marseille, et le second à Constantinople. Autre avantage, François Castanier (1675-1759), le frère de Guillaume, banquier parisien, grand bénéficiaire du système de Law, se trouvait être l'un des principaux directeurs de la Compagnie des Indes, à qui la manufacture vendait par conséquent une grande partie de sa production. Celle-ci atteignait, en 1729, 1 650 pièces fabriquées par 90 métiers. Grâce aux profits accumulés, l'on bâtit une plus vaste chapelle et deux nouveaux portails, l'on rénova le manoir de la fabrique et l'on aménagea un jardin à la française, orné d'un majestueux buffet d'eau. Quarante-sept logements de tisserands furent également construits ou reconstruits. Affaiblie peut-être par une concurrence trop vive, et n'ayant plus à sa tête des hommes aussi décidés qu'auparavant, Villeneuvette connut des années difficiles dans le courant des décennies 1750 et 1760. Elle fut vendue en 1768 pour 80 000 livres par la nièce de Castanier à un fabricant de Clermont, Raymond Ronzier, qui en porta la production à près de 2 000 pièces. Son gendre, André Chambert de Saint-Martin, la reprit en 1788, avant qu'elle ne passe en 1793, dans un état plutôt médiocre, à Denis Gayraud, l'oncle de celui qui en fut le rénovateur au début du XIXe siècle, le clermontais Joseph Maistre.
La famille Maistre: 1803-1954
Au XIXe siècle, une famille d'entrepreneurs languedociens succède aux grands financiers parisiens à la tête de Villeneuvette: les Maistre. Joseph Maistre, négociant en laines et propriétaire d'une tannerie à Clermont-l'Hérault, hérite d'un sixième du domaine et rachète leurs parts aux autres cohéritiers, en 1803. Les enfants et petits-enfants partagent le goût des affaires. Ils dirigent l'entreprise à sa suite jusqu'en1954.
De plus, les Maistre « agriculteurs » mettent en valeur les terres cultivables du domaine en friche à leur arrivée. Un cinquième de ce terroir porte de la vigne, du blé, de la luzerne. L'entreprise agricole a une double utilité : elle fournit un revenu complémentaire au profit industriel, elle emploie les ouvriers de l'usine en période de chômage.
Une grande famille
La journée de travail commence à cinq heures et demie le matin par un appel au tambour et elle se termine à cinq heures le soir. A partir de neuf heures, on ferme les portes et les ouvriers sont tenus de passer la nuit dans l'enceinte de Villeneuvette! Certains d'entre eux, peu nombreux, préfèrent quitter la commune mais la plupart demeurent et il est des exemples étonnants de familles résidant à Villeneuvette pendant deux cents ans. Cette situation ne pouvait qu'avoir des répercussions politiques. Lorsqu'en décembre 1851, participant au mouvement de protestation contre le coup d'Etat de Louis-Napoléon Bonaparte, les ouvriers des villes textiles de l'Hérault prennent les armes, on trouve à Villeneuvette la réaction inverse. Les habitants s'arment aussi, mais pour lutter éventuellement contre leurs voisins républicains! On se doute bien qu'un tel système au cœur du «Languedoc rouge» à proximité de villes républicaines comme Clermont-l'Hérault et Lodève fut l'objet d'acerbes critiques. Les socialistes ne furent pas les seuls à dénoncer dans le « système Villeneuvette » une forme d'esclavage des ouvriers.
Il reste que l'entreprise est remarquable par sa longévité. Les difficultés économiques seules y mirent un terme. Après avoir tourné à plein entre 1914 et 1918, les ateliers subissent dans l'entre-deux-guerres une diminution irrémédiable des commandes de l'État. Celui-ci s'adresse à des centres de production plus compétitifs. La Première Guerre mondiale marque également un tournant dans la vie de la communauté ouvrière qui commence à s’affirmer par des revendications et un début d'organisation autonome. Le 23 juin 1917, la première grève de l'histoire de la manufacture éclate à propos des salaires. Les Maistre accordent aussitôt les augmentations réclamées, qui varient entre 12 % et 43 % selon les catégories, et le travail reprend le lendemain. Le premier et unique conflit de Villeneuvette n'a duré qu'un jour. En 1935 des ouvrières fondent une section locale de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne. Et l'année suivante les ouvriers se regroupent en syndicat mais, s'affiliant à la Confédération Française des Travailleurs Chrétiens, ils marquent bien, par leur choix, leur opposition aux grèves de juin 1936.Dans les années 1950, la modernisation, la diversification de la production restent des éventualités non adoptées par le chef d'entreprise et Villeneuvette ferme ses portes en 1954.
Les draps:
Les draps fins du Languedoc les plus appréciés au Levant s'appelaient « londrins seconds ». Leur légèreté convenait particulièrement aux caractéristiques du marché oriental, bien qu'ils fussent en réalité de troisième qualité, derrière les draps dits « mahoux » et « londrins premiers ». Ces londrins se vendaient en pièces de 15 à 16 aunes de long (18 à 19 mètres) et d'1 aune 1/6 de large (environ 1,40 m). Ils étaient confectionnés exclusivement en laine mérinos espagnole, Soria pour la chaîne et Seconde Ségovie pour la trame. Leurs couleurs étaient vives et variées, comme en témoignent les dénominations suggestives figurant dans les descriptions d'assortiments: violet et pourpre cramoisi, bleu céleste, jonquille ou vert de choux...
La fabrication de telles pièces constituait un travail complexe. Elle supposait la mise en oeuvre d'une bonne vingtaine d'opérations qui faisaient intervenir une dizaine de corps de métiers différents.
Une particularité:
La grande originalité de la manufacture de Villeneuvette était d'être implantée en milieu rural. Cette situation, rare pour une manufacture de draps fins, conduisit ses entrepreneurs à adopter une organisation tout à fait inédite. Non seulement, ils rassemblèrent, au sein d'un même établissement cerné de murs, la totalité des ateliers y compris celui des fileuses et deux moulins à foulon. Mais, en plus, pour favoriser le maintien sur place d'une main d’œuvre qualifiée, ils construisirent dès l'origine, à l'intérieur de l'établissement, une véritable petite cité ouvrière qui comprenait déjà 66 logements en 1681. C'était la seule façon d'attirer et de retenir les ouvriers venus d'ailleurs, notamment au départ les spécialistes hollandais du nom de Vandyck, Vandoor ou Trintrop, transfuges de la manufacture de Saptes, qui apportèrent le savoir-faire initial indispensable. Tout fut fait, de plus, pour organiser un maximum d'autarcie, grâce à la mise en place, dès le XVIIe siècle, d'une sorte d'économat, vendant en boutiques des denrées de première nécessité, telles que blé, huile, vin, viande et poisson, et plus tard l'installation de menuisiers, serruriers, boulangers apothicaires et médecins. Une chapelle fut même construite dès l'origine. Ainsi, la manufacture devint-elle rapidement un véritble petit village, d'où le nom de Villeneuve-lès Clermont qu'elle acquit en 1677 lorsque, par lettres patentes royales, elle fut érigée en communauté d'habitants indépendante. Cette autonomie ne l'empêchait pas cependant d'entretenir d'étroites relations avec son environnement local.En particulier, dépendait d'elle un terroir qui comprenait deux moulins à blé et une métairie hébergeant 800 moutons dont elle tirait, ainsi que du potager installé dans son enclos, une partie de sa subsistance. De plus, ses ouvriers ne travaillaient et ne logeaient pas tous sur place. Vers 1730, sur les 7 à 800 ouvriers qu'elle employait, 200 seulement habitaient dans la cité. Les autres vivaient dans une douzaine de villages, à moins d'une vingtaine de kilomètres de l'établissement central.A voir:
L'accès à la Cité de Villeneuvette se fait à partir de la R D 908 par une allée ombragée de platanes centenaires. Jusqu'au XIXe siècle l'allée était la route de Clermont à Bédarieux qui traversait la manufacture. Entre 1848 et 1875, le Service des Ponts et Chaussées établit une déviation et construisit le pont sur la Dourbie. Cette allée conduit devant l'entrée principale de la manufacture . On a alors devant soi le fronton de l'établissement avec, à gauche, la facade de la chapelle. Sur l'entablement de la porte monumentale on distingue encore l'inscription : MANUFACTURE ROYALE; le fronton qui la surmonte et qui porte la devise: HONNEUR AU TRAVAIL est probablement une adjonction du XIXe siècle
Une vingtaine de bâtiments s'ordonnent selon un plan orthogonal, autour d'une place rectangulaire et le long de rues relativement large (trés différents des villages typiques languedociens). Les constructions occupent ainsi une surface presque carrée, large de cent cinquante mètres environ. Les trois portes qui constituent encore aujourd'hui les accès principaux permettaient un contrôle strict de la circulation des personnes et des biens.
Un quartier cependant échappe à cette ordonnance, celui de la Calade, composé d'une rue au tracé irrégulier qui relie le village à la Dourbie ; les constructions ne semblent pas participer de la même volonté que dans le reste du village: elles sont plus petites, et ressemblent aux maisons rurales que l'on trouve dans les villages voisins.
En 1673 et 1675, Pierre Baille marchand de Clermont, fait l'acquisition d'une métairie et de moulins à blé et à foulon dans la plaine de la Dourbie et au bord de la rivière. Dans cette même période, il fait des travaux d'agrandissement importants, établit une teinturerie, un local pour six métiers et construit une glacière: ces travaux semblent bien correspondre au quartier de la Calade.
La troisième phase est due sans doute à l'initiative de Castanier d'Auriac qui procède à des constructions ou reconstructions de logements pour les ouvriers, à celle de la chapelle; c'est à lui que l'on doit probablement le dessin d'un jardin et du grand buffet d'eau situés au nord de la manufacture.
La place Louis XIV a été construite à la fin du XVII° ou au début du XVIIIe siècle. Le bâtiment abritait au début du XIXe siècle, la mairie et l'école au milieu, les logements du portier et du maître d'école ainsi qu'une magnanerie.
La fontaine-abreuvoir au centre date probablement du XVIIIe siècle.
Le pont de l'Amour:
Ce pont est en fait un aqueduc qui permettait à l'eau provenant du bassin située sur la colline au dessus de Villeneuvette d'aller jusqu'aux usines plus en contrebas. La légende veut que les couples passent ensemble sur ce pont main dans la main, s'embrassent au centre du pont et le traverse. S'ils y parvenaient, c'était le mariage assuré dans l'année. Si la promise n'arrivait pas à franchir le pont, le mariage était compromis. Il faut dire que le pont est étroit et qu'il y avait de l'eau qui y passait. Le traverser était trés dangereux.
LE PONT DE L'AMOUR
En bref:
Epoque préhistorique - Traces d’occupation humaine sur le territoire qui deviendra celui de Villeneuvette.
1835 - 1853 - Construction d'une nouvelle route départementale et du pont sur la Dourbie.
2012: Restauration de l'entrée principale
Les reglements de la Manufacture
Histoire de Villeneuvette par Georges Maistre
LES AMIS DE VILLENEUVETTE : association pour la sauvegarde du patrimoine du village. Achetez sur leur site internet leurs publications sur l'église, le réseau hydraulique et le bati du village. Les bénéfices vont à la restauration du village et surtout de sa très belle église
Une nouvelle page dédiée à Villeneuvette sera prochainement en ligne
Source: archives personnelles, "La cité de Villeneuvette" par le centre d'archéologie médiévales du Languedoc 1987
Crédits photos: P Hernandez février 2009- décembre 2012
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