Vendanges et cueillettes

Mais toutes ces activités qui permettaient de vivre ou de survivre s'arrêtaient subitement lorsque les raisins arrivaient à maturité, c'était une véritable providence car tous étaient mis à contribution, des expéditeurs, des groupeurs surtout de Catalogne s'ajoutaient à ceux vivant à Clermont, (Vidai, Fontz, Planas, Galtier, Maza, Bézayrie, Miro, Blanc, Carréres...) mais Nébian, autre capitale de raisins, attirait des files de coupeuse, trieuses ou emballeuses, et là, presque toutes les remises des rez-de-chaussée étaient pleines de personnel.

Les raisins, recueillis en corbeille, étaient soigneusement triés, débarrassés des grains secs, trop murs, des grains éclatés, et il fallait une certaine dextérité pour ne pas endommager la grappe, qui devait paraître intacte, et ayant conservé sa fleur, c'était le nom de l'impalpable poussière qui recouvrait le grain, et qui au moindre contact manuel laissait une auréole luisante de plus mauvais effet visuel. Les grappillons (petites grappes) étaient rejetées et vinifiées.

La grappe triée était transmise à l'emballeuse qui la posait dans le plateau que l'on avait bordé d'un support en papier festonné et aux couleurs de l'expéditeur, on achevait la mise en place par la « rivière » centrale sur laquelle on installait comme sur un trône 2 ou 3 superbes raisins  il ne restait que l'amener au marché aux raisins, le confier à l'expéditeur - acheteur ou le confier à un transitaire ou groupeur, dans certains cas on le donnait à un mandataire aux Halles, qui tous les jours télégraphiait le prix de vente. Le matin, à la «fraîche» comme on disait, on avait coupé avec un premier tri pour débarrasser les grappes des grains tachés ou coulants, l'après-midi on emballait, au début ce fut dans des corbeilles, puis par la suite dans des plateaux, à un ou deux rangs qui avait l'avantage d'être superposables, alors que les corbeilles, exigeaient pour être surélevées la pose de liteaux en bois afin qu'ils ne glissent pas dans le wagon, mais surtout pour que les raisins ne soient pas abîmés pendant le transport.

C'était une activité extrêmement lucrative, un vrai pactole pour le Clermontais qui avait su devenir la «CAPITALE DU RAISIN DE TABLE» à la fois par l'importance de son marché aux Raisins, la qualité de sa production, mais aussi par les capacités de transport données par la gare de Clermont, où partait chaque jour deux trains de wagons.

A souligner l'important effort de promotion que faisait le Syndicat d'initiative qui installait au bout des allées du Tivoli une station uvale où l'on pouvait déguster du raisin et boire du jus de raisin.

On commençait par le raisin précoce «La Madeleine», mi-juillet, puis le Chasselas on s'arrêtait pour les vendanges du noir (Aramon, Morastel, Hybride, Carignan) on recommençait le raisin par la noire oeillade (la bien nommée par la forme de son grain en amende) et on terminait par le Servent, en Octobre, on avait auparavant vendangé le Bourret Blanc et Cris et terminé par la Clairette, le tout s'étalant presque sans interruption jusque longtemps après la rentrée des classes qui était ouverte le 1er Octobre.

Il y avait d'ailleurs une tolérance de la part de l'instruction publique qui ne pénalisait pas les élèves attardés à rentrer et qui faisait un gros effort soutenu par leurs instituteurs attentionnés et soucieux de faire rat­traper les enfants de pauvres. Pendant près de 15 jours pour ne pas pénaliser les retardataires on faisait des lectures, des révisions, enfin on meublait le temps.

Cet argent bénéfique avait une conséquence un peu déplorable, en effet le méridional, et le Clermontais en particulier étant assez joueur, on voyait apparaître pour les Fêtes du pioch, de la gare, de la Coutellerie, de la Frégère, de Rougas, les Biribis et les Monacos  où l'on misait gros, comme les jeux d'argent étaient, soi-disant interdits, pour la forme on installait sur une étagère dans la baraque, quelques kilos de sucre qu étaient les lots officiels. Tout cela sous l’œil des gardes ou gendarmes qui passaient droits comme un «i» sans daigner jeter un regard latéral.

Les vendanges à l'époque ne bénéficiaient pas des moyens mécanisés actuels, malgré les longues heures de travail et du temps consacré au transport pour arriver sur le lieu de récolte elles se déroulaient la plupart du temps dans une ambiance très particulière qui faisait oublier la fatigue et les conditions climatiques parfois très dures.

Les acteurs : Le charretier (Lou carratié) qui le matin amenait sur la charrette les comportes emboîtées les unes aux autres mais également les vendangeuses qui n'avaient pas de vélo. Le charretier transportait les 12 ou 14 comportes pleines à la cave de vinification (particulière ou coopératives) son retour était attendu impa­tiemment soit par les vendangeuses qui parfois manquaient de comportes vides mais surtout en période de canicule car il apportait la bonbonne d'eau fraîche, entourée d'un linge mouillé pour lui conserver la fraîcheur.

La Colle (l'équipe ou l'ensemble des vendangeurs) composé la plupart du temps de :8 coupeurs ou cou­peuses (Copaidas) menées par (una ménaida) une meneuse qui était chargée d'être toujours devant pour stimuler la cadence, parfois lorsqu'elle se trouvait trop en avant elle recevait dans le dos une grappe de raisin lancée par une main inconnue à fin de calmer un excès de zèle, car parfois des vendangeuses aidaient les retar­dataires, la plupart des jeunes, parfois des enfants qui commençait à couper à l'âge de 8 ans, certains étaient également punis de la même façon quand, après avoir bénéficié d'un ou deux «dimanches» (c'est-à-dire de tous jeunes plants qui donnaient peu de raisins) se retrouvaient par inadvertance en avant de la «colle».

Lorsque les hommes découvraient dans une rangée des grappes oubliées, il y en avait toujours un pour lui barbouiller le visage avec l'objet du délit, mais il choisissait sa victime parmi les jeunes filles car c'était un moment de bonne humeur, on disait «faire la moustache». Imaginez les piaillements et les cris suscités par cette mésaventure.

Les raisins coupés avec un sécateur étaient recueillis dans un seau métallique autrefois «Lou farrat» quand il était plein on criait «Seau ou farrat» que venait prendre aussitôt le sorteur de seaux «Lou Banastou» (du nom de Banaste, Corbeille car en premier temps on récoltait dans des corbeilles en bois). Ce dernier vidait dans la comporte, qui pouvait en contenir de 8 à 10, à condition bien entendu de presser le raisin avec Lou quichaide (Le quicheur) un pilon en bois au bout d'une tige en bois, dans certains «colles» il y avait un «quicheur» soit un jeune enfant, soit un vieux vigneron, parfois le propriétaire.

La comporte (baquet en bois cerclé comme un fut de vin, avec une poignée en fer de chaque côté) une fois pleine, arrivait les deux «sémalaides» (porteurs) qui avec deux longues perches en bois «Lous sémailliers» qu'il glissaient sous les poignées, soulevaient la comporte pesant alors une centaine de Kg et la transportait en bout de rangée, pour la charger ensuite sur la charrette. Un des moments les plus appréciés était le Déjeuner, certains disent le Petit Déjeuner mais c'étaient la plupart du temps les «Francimans» qui ne savent pas qu'à midi c'est le dîner et le soir le souper, mais allez leur expliquer ce vocabulaire à ces ignorants.

Ce déjeuner, première pause de la journée vers 8H30 environ, bénéficiait de la braise qu'avait préparé le charretier, ou le ramonet (le contremaître), et chacun y faisait griller son mets préféré (saucisse fraîche, côtelettes de mouton ou d'agneau, harencade «sardine salée» morue sèche, (Bacalao inglés), Morue (anglaise) séchée au vent, la préférée des espagnols qui la préféraient au jambon sec, s'y ajoutait des tomates, des oeufs durs, du roquefort ou du Table «nom usuel du Fromage de Cantal qui signifiait le fromage que l'on mange à table», Fromageons de Brebis.

Puis arriva le Plastique qui remplaça le fer des comportes et celui des seaux, ensuite ce furent les camions, les camionnettes, les tracteurs, les bennes, les brouettes manuelles - qui sonnèrent le glas des deux «sorteurs» et enfin la machine à vendanger qui supprime la totalité de la «Colle». Dans un seul endroit dans notre région on vendangeait avec une hotte que l'on portait sur le dos c'était à Villeneuvette au Domaine de Malmont

Dans les grandes exploitations il y avait parfois trois «colles» qui vendangeaient dans la même vigne.

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