HENRI CARTIER BRESSON ET LE SURREALISME

 Bien que ne faisant pas partie d'un groupe de surréalisme du Café de la Place blanche, Henri Cartier-Bresson allait souvent aux réunions. Il appréciait particulièrement la conception du Surréalisme de la part d'André Breton. Celui-ci prenait en compte « le rôle du jaillissement et de l'intuition et surtout l’attitude de révolte ». Pour les surréalistes, l'écriture automatique et la photographie permettaient d'explorer l'inconscient visuel.Au milieu des années 50, le peintre George Braque offre à Cartier Bresson le livre d'Eugen Herrigel « le Zen dans l’Art chevaleresque du tir à l’arc . Cet ouvrage explique que la voie de l'arc est un art guerrier lié à la spiritualité Zen. C'est aussi une discipline mentale permettant l'harmonie entre le corps et l'esprit. La maîtrise corporelle requise pour le tir entraîne la maîtrise spirituelle de l'archer. C'est la disponibilité totale en faisant le vide en soi grâce à une concentration intense. La disponibilité importante de l'esprit fait que le tir à l'arc devient presque inconscient. Ceci fut le principal intérêt pour Cartier Bresson et son exploration du surréalisme.Alors que l'arc est l'arme du prédateur pour chasser sa proie, lui utilise son appareil photo pour ramener une image. C'est la même chose pour les deux disciplines: visée puis détente.Herrigel dit qu'il faut maîtriser la technique pour la rendre inconsciente. Il faut qu'elle devienne un réflexe 'réfléchi à cause de la maîtrise du temps ('l'instant décisif') et de l'espace (position de l'archer/photographe et sa cible).Pour Cartier-Bresson la notion de « hasard objectif » se retrouvera dans ses oeuvres faites durant ses voyages en Europe et au Mexique entre 1932 et 1934. Ceci se retrouvera jusque dans les années 1960 avec la photo du chien surpris sous la table d'un café, par dessus lequel un couple s'embrasse. De même, toujours en voulant explorer la même dimension du hasard, certaines expressions sont explorées, comme le ludisme avec la photo 'Derrière la gare saint Lazare de 1932, l'humoristique avec 'Livourne' de 1933 et la métaphysique avec 'l'Italie' de 1933. Dans la photo 'Derrière la gare St Lazare' le photo­graphe a dans sa recherche du hasard pris le cliché d'un homme sautant au-dessus d'une grande surface plane remplie d'eau de telle sorte que son reflet ne subisse pas les effets déformant des vagues. L'aspect ludique apparaît par le jeu de miroir et par l'image que nous avons enfant sautant d'objet en objet ou dans une flaque d'eau.

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Puis vient l'humour avec la photo « Livourne ». Le hasard est ici différent du sens habituel. Il prend un des nombreux sens Surréalistes en signalant la rencontre fortuite de deux objets inattendus et la découverte d'un étrange spectacle de la rue. 'Livourne' présente un homme debout la tête enroulée dans un rideau, en train de lire un journal.  Carter Bresson a voulu provoquer un doute chez le spectateur pour après l'étonner. La différence de contraste entre la chemise et le rideau fait une rupture. De plus on ne peux s'empêcher d'imaginer quelques animaux fantastiques à la vue de cette scène qui peut porter à rire tant la situation croisée dans la rue est étrange. Notre oeil n'est pas habitué à ce genre de rencontre qui provoque un « dépaysement systématique » utilisé par les Surréalistes.

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 La photo « Italie » de 1933 a un instinct métaphysique. Elle laisse supposer une des grandes questions de cette discipline qui est l'apparition de l'homme. Dans cette photo nous voyons de gauche à droite une zone de terre craquelée par la sécheresse, puis une zone avec de la végétation où repose une femme puis, pour finir, une grande étendue d'eau dont une partie a une couleur blanche. Cette couleur n'est pas due au reflets du soleil. L'eau est le symbole de la vie, la marque blanche peux représenter une présence divine. La végétation semble accueillir le premier être humain tandis que le désert aride est arrêtée par celle-ci.

 Mais le surréalisme se présente aussi avec des photos qui donnent un effet de collage. Cette méthode était très utilisée dans les œuvres de différents artistes. Ainsi « les Arènes de Valence » de 1933 semble montrer trois collages. Le premier est l'image floue avec l'homme a demi sorti d'une porte; puis arrive le premier plan, avec un portail en bois, laissant paraître le chiffre '7' et un cadre. C'est dans ce cadre que la tête d'un gardien apparaît. Un de ses verres de lunette est blanc à cause du reflet, ce qui donne un petit aspect comique à cette tête sérieuse.

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 En conclusion

Alors que le surréalisme se communiquait en grande partie avec la peinture et la littérature; Cartier-Bresson a sut utiliser son art dans les photos à caractère surréaliste en parvenant à ses fins. Il a réussit à montrer que la photo pouvait elle aussi, traduire l'imaginaire et l'inconscient dans son étude au hasard, Tout ceci permit d'explorer l'inconscient visuel. Tandis que de nouvelles techniques étaient inventées et utilisées; que les surréalistes cherchaient en eux la façon de s'exprimer en travaillant avec la photo, l'appareil photographique ou la pellicule; Il refusa ces changements (comme la couleur pour les photos) et garda sa façon de procéder et d'agir avec le noir et le blanc. Il ne changea que les sujets de ses photos, laissant agir le nasard pour guider son oeil et ses idées.

L'archerie Zen préconise aussi le fait de ne pas prouver quoi que se soit. La volonté de ne pas se montrer en photographie ou en portrait montre justement l'adhésion de Carter Bresson à ce principe. Il ne reste qu'un nom sur des photos avec sa signature, les bandes noires signalant ses photos non recadrées.

 

S. GIL

 

Source : Henri Cartier-Bresson, l’œuvre photographique hors série n°1  collection actualité des arts plastiques, centre national de documentation pédagogique

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